mardi 2 mars 2010

Contenons-nous

Peut-on réellement parler de tout et de n'importe quoi? N'y a-t-il donc plus aucune limite? Se garder une petite gêne, des fois, ça ne serait pas un peu... rafraîchissant? Contenons-nous, de grâce, contenons-nous.

Je note une certaine tendance à vouloir repousser les frontières du possible. À la télé, dans tous les médias, en fait, mais aussi dans les différentes formes d'art et jusque dans le quotidien des gens, la compétition est lancée: c'est à celui ou celle qui saura aller le plus loin. Tout se fait, tout est correct et, surtout, tout se dit. Notez ici que je ne fais pas l'apologie de la censure, mais... Qu'est-il arrivé de la pudeur?

Je m'ennuie du temps où je n'entendais jamais parler de menstruations, de dysfonction érectile et de texture de caca des bébés. Sous prétexte d'être vrai, on se permet de tout montrer. Ginette Reno chantait: «J'te montrerai, sans tricher, un côté de moi comme je n'ai jamais osé montrer». Sincèrement, vraiment (et sans juger, bien sûr), voulez-vous vraiment voir toutes les facettes de tout le monde, chanteuses adipeuses comprises? Ce côté d'elle, si elle n'a jamais osé le montrer, n'y avait-il pas une bonne raison pour ça?

Avez-vous déjà vu vos parents baiser? Moi, oui, une fois. C'était l'été, il faisait chaud et j'ai ouvert la porte de la chambre à coucher de mes parents qui étaient là, nus, dans une position qui m'avait semblée alors (je devais avoir sept ou huit ans) vraiment bizarre. Vous avez eu une expérience similaire, bien sûr. C'est arrivé à presque tout le monde. Mais c'est arrivé par accident. Connaissez-vous des gens qui ont gardé de beaux souvenirs tendres de cette expérience traumatisante? Moi non plus. Certaines choses font donc partie de la catégorie «j'aurais pu vivre sans savoir ça». D'ailleurs, en vous partageant mon anecdote personnelle, ne vous ai-je pas moi-même un peu fait visiter cette zone?

C'est dur, se contenir, quand la mode est aux confessions intimes sur nos fantasmes sexuels en gros plan à la télé, aux récits détaillés de nos lavements qui tournent mal dans des autobiographies bon marché et aux expositions sur le corps humain qui nous montrent des vrais corps dépecés et plastifiés dans toutes sortes de positions loufoques.

Imaginons un monde où le «trop loin» n'existerait tout simplement pas. L'anarchie. Une mère dirait clairement à son petit troisième qu'elle ne l'aime pas, contrairement à ses deux premiers qui, eux, étaient désirés. Un amoureux répondrait «T'as l'air grosse dans n'importe quoi, ma grosse. T'es grosse!» à la légendaire question de sa tendre (en juteuse) moitié paradant dans ses nouveaux jeans. Les «Comment ça va?» trouveraient des réponses variées, impliquant des problèmes de fuites urinaires, des envies de chier et des rêves érotiques mettant en vedette soeurs, frères et animaux. Malsain, dites-vous?

D'un côté, il y a ceux qui veulent tout révéler, et de l'autre, les autres coupables: ceux qui veulent tout savoir. «Curiosity killed the cat», qu'ils disent, nos amis anglos. Mais à notre époque, c'est le chat mort et écrapouti qu'on veut voir.

Peut-on rester honnête tout en ne disant pas à un acteur qui vient juste de sortir de scène qu'il est nul à vomir dans son show prétentieux? Est-il possible d'être «entier» et de ne pas souligner qu'un prépuce mal lavé nous excite? Ça se peut, rester dans le doute, des fois? Qu'y a-t-il à gagner à connaître parfaitement toutes les opinions profondes de tout le monde?

Vous me trouvez comment, de vous raconter tout ça, aujourd'hui?

Franchement, est-ce que je devrais vraiment le savoir?

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