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vendredi 12 novembre 2010

Robert et la vengeance du Tupperware

Ce matin-là, Robert n'aurait jamais pu s'imaginer ce qui allait lui arriver. Il se leva, un peu plus tard que d'habitude, un peu enrhumé. Il se prépara à vivre une des journées les plus ordinaires de sa vie. Ce n'était pas ce que le destin avait réservé pour lui.

D'abord, tout fut assez ordinaire: il prit sa douche, but un verre de jus d'orange, regarda son courriel, mangea un peu. Il regarda distraitement la télévision, il fit un peu de lecture, il alla chercher du pain à la boulangerie. Il se prépara un sandwich au thon, il le mangea, il but de l'eau, beaucoup d'eau. Sa journée ordinaire battait son plein. Il ressentait une réelle fierté d'avoir réussi son défi de ne vivre rien de spécial pendant sa journée. Un peu de calme, ça lui ferait du bien. Son corps l'en remercierait en éliminant ce rhume automnal bien ennuyant.

Ça faisait à peine quelques heures qu'il était levé, pas plus de quatre heures, qu'il se dit qu'il méritait bien une petite sieste. Il entra dans la chambre, tira les rideaux, ferma la porte. Il éteignit la sonnerie du téléphone, la lumière de la chambre. Toujours en pyjama, il se coucha, ferma les yeux et s'endormit aussitôt.

Quelques minutes passèrent, puis quelques heures. Il dormait toujours, en rêvant des rêves totalement insignifiants, à l'image de la journée qu'il s'était promis de vivre. La tête bien enfoncée dans son oreiller, il était coupé du reste du monde. Quelle réussite c'était, cette pause sans éclat dans sa vie si occupée! Il se retourna lourdement en gémissant de satisfaction. C'est à ce moment qu'il entendit un bruit.

«Scritch, scritch», que ça faisait. Dans son état semi-éveillé, il ne sut pas interpréter le bruit, qui provenait de sous son lit. «Scritch, scritch». Il n'ouvrit pas les yeux, mais, de plus en plus conscient, il cessait de respirer un instant, question de mieux entendre. Le bruit s'amplifia. Rêvait-il? Il se mordit l'intérieur de la joue, pour voir. Non. Malgré sa confusion, il était maintenant certain de ne plus être endormi. «Scritch, scritch, scritch»: le bruit se fit de plus en plus présent. Il ouvrit les yeux. Rien d'anormal ne venait troubler la paix de la chambre à coucher.

Il s'assit dans son lit. Une présence se faisait sentir, c'était clair. Il frissonna. Tout à coup, la porte de la chambre s'entrouvrit sans grincer. Une ombre se glissa hors de la chambre. Lentement, prudemment, il se leva et cria: «Allô? Allô?!» en s'approchant de la porte.

Dans le couloir, il n'y avait rien d'anormal. Tout était à sa place. Les pattes de la chaise près de la porte d'entrée étaient bien enlignés avec les lattes du parquet, la petite table était bien adossée sur le mur, cachant la prise de courant comme il se devait, le vide-poches était vide, comme il le fallait. La porte d'entrée était bien fermée, verrouillée. Rien ne semblait avoir bougé. Pourtant, ce bruit continuait de se faire entendre, plus loin maintenant. Vers la cuisine.

Robert s'avança silencieusement vers la cuisine. Le bruit petit bruit était maintenant accompagné d'autres bruits: «clonk, fuiiiit, poum, scratch, pop, clac, clish». Soudainement, les bruits cessèrent. Robert profita de ce moment de silence pour s'avancer encore et entrer dans la cuisine. Encore une fois: rien d'anormal. Robert était-il enrhumé au point d'en avoir perdu la tête?

Dans sa cuisine, bien propre et bien rangée, Robert tenta de se calmer. Il n'était pas fou, juste un peu fatigué. Il expira longuement. Il eut un petit rire de soulagement, voyant que toute cette aventure n'en était, au fond, pas une, et qu'il allait atteindre son but de vivre une journée extraordinairement ordinaire, comme il l'avait souhaité. Il pensa: «j'ai soif et un bon verre d'eau me fera du bien.»

Il ouvrit l'armoire pour se prendre un verre. Ils étaient là, pêle-mêle. Il ouvrit les autres portes d'armoires, et les tiroirs. C'était encore pire. Tous les vieux Tupperware dépareillés dont il s'était défait presque un an auparavant étaient empilés dans un désordre incroyable. Ne les avait-il pas donnés à une oeuvre de charité? Ne les avait-ils pas remplacé par un ensemble de marque Rubbermaid tout simple, plus facile à ranger? Ne s'était-il pas promis de ne plus jamais chercher un couvercle manquant de toute sa vie?

Ils étaient revenus. On ne se débarrassait pas aussi facilement de contenants Tupperware dépareillés, accumulé au fil de tant d'année, donné par des vieilles tantes bien intentionnées.

Robert avait perdu la guerre. La «Tupperwar». Il capitula. Son rhume disparut soudainement.

mercredi 3 novembre 2010

Robert dans la toundra

Robert se sentait bien, tellement bien. C'était comme s'il s'était défait d'un poids énorme, comme un ciel dégagé après une averse. Les tensions s'étaient accumulées, petit à petit, mais maintenant, il se trouvait libre.

«Jamais je n'aurais cru possible de laisser s'encombrer ainsi un congélateur», se dit-il, en regardant fièrement l'intérieur du congélateur de son réfrigérateur maintenant nettoyé et bien rangé.

En effet, depuis quelques mois, il s'était laissé aller. Il n'avait pas été vigilant et avait ignoré certains signes: des bleuets qui roulent par terre, des aliments similaires placés dans deux sections différentes, des restes dignes d'une excursion archéologique dans une toundra glacée. Il y avait pire: ces cubes de glace, partout, partout.

Parfois, il regrettait son choix d'électroménager. Son réfrigérateur, acheté au moins dix ans plus tôt, était magnifique, tout paré d'acier inoxydable et beaucoup plus beau que tous ces récents modèles affublés de vulgaires courbes (qui polluaient carrément les magasins depuis quelques années), mais le congélateur était franchement minuscule. Il avait choisi, à l'époque, un de ces nouveaux modèles munis d'un congélateur non pas situé dans la partie du haut, mais dans la partie du bas. Il avait cru en cette innovation. Il s'était dit que c'était une nette amélioration d'un design classique, pas juste une fonction nouvelle pour pousser les gens à consommer. Il avait été heureux longtemps de cette acquisition. Seulement, depuis quelques temps, il s'était rendu compte que tout changement apporte sa part de bien et de mal.

Le congélateur, dans la partie du bas, était plus petit que celui des modèles précédents. La raison? Comme il fallait se pencher pour atteindre le contenu du congélateur, les concepteurs de cet objet avaient imaginé un système de tiroir à glissière. À première vue, c'était là une alternative sensée. Mais c'était sans compter toute la perte d'espace que ce mécanisme allait faire perdre à l'habitacle glacé. De plus, une fois l'espace utilisé ou encombré, cette glissière se trouvait parfaitement inutilisable. Avec des glaçons dispersés partout, c'était encore pire.

Ah, oui, c'est que Robert s'était aussi procuré l'option «machine à glace». De la belle glace fraîche, sans avoir à remplir de désuets contenants qu'on ne sait jamais où mettre et qui renversent au moindre faux mouvement vers la tablette, n'était-ce pas là une porte ouverte sur un monde d'harmonie et de paix? La réponse comportait sa dose de nuances. Oui, la machine permettait de jouir de glaçons sans effort. Le système fonctionnait très bien. Trop même. En effet, la machine était si zélée que les cubes de glace pouvaient facilement finir par envahir tout l'espace, se faufilant partout, derrière les tablettes, sous le système de tiroir à glissière, parmi les aliments pris prisonniers.

Cette apparence de désordre était un milieu propice au relâchement. Ainsi, Robert, parfois, se laissait aller à une paresse qui ne lui ressemblait pas. Il ne refermait pas les boîtes de raviolis chinois. Il n'emballait qu'approximativement les blocs de parmesan. Il empilait les Tupperware n'importe comment, comme un amateur. Il achetait des produits qu'il possédait déjà, mais qui étaient inatteignables ou tout bonnement invisibles. Même ses boîtes de bicarbonate de soude n'étaient pas changées régulièrement. Il en avait déjà libéré certaines qui devaient bien avoir passé plus de cinq mois à attendre, tentant tant bien que mal de remplir leur rôle désodorisant.

Mais voilà, aujourd'hui, il était passé à l'action. Il avait tout vidé, tout nettoyé. Il avait remplacé la boîte de bicarbonate de soude. Il avait classé les aliments congelés comme il se devait. Il en avait jeté plusieurs. En pas plus d'une quinzaine de minutes, il était arrivé à faire tout ça. Et il se sentait tellement mieux. Il redécouvrait avec joie l'intérieur de son congélateur. Pourquoi s'était-il si longtemps privé de ce plaisir? «Plus jamais», se promit-il.

Il resta assis longuement sur les tuiles du plancher de la cuisine, devant cette porte ouverte, regardant l'intérieur de son congélateur. Ça lui fit tout chaud en dedans.

mardi 2 novembre 2010

Robert et les robots

Robert, ce jour-là, avait beaucoup à faire.

Il fallait passer l'aspirateur. Le four devait être récuré. Le disque dur de son ordinateur devait être nettoyé (tant d'autres opérations devaient être exécutées pour permettre le bon fonctionnement de son ordinateur). Au congélateur, il ne restait plus de glaçons. Il devait laver les serviettes blanches. Sécher les linges à vaisselle. Il y avait beaucoup de vaisselle sale, aussi. La douche, elle, demandait un entretien constant. De plus, il ne voulait pas manquer sa série télévisée préférée, même si on disait de cette émission qu'elle était destinée à un public de préadolescentes impopulaires.

Son réveille-matin préprogrammé le réveilla de très bonne heure. Il prit sa douche (à température constante programmée) puis vaporisa les tuiles d'un produit fantastique dont «les particules s'activent d'elles-mêmes pendant toute la journée», selon la publicité. Il entendit un bruit: c'était la chute des glaçons de la machine à glace intégrée à son congélateur. Il mit les serviettes blanches dans la laveuse et appuya sur le bouton. Il mit les linges à vaisselle dans la sécheuse et appuya sur le bouton. Il appuya sur le bouton de mise en marche de son four autonettoyant. Il ferma la porte du lave-vaisselle, qui partit tout seul puisque c'était un Bosch. Pendant ce temps, les tâches préprogrammées sur son ordinateur s'abattaient, une à une. Il appuya sur le bouton de son aspirateur robot et quitta la maison en armant sur le système d'alarme, d'un doigt enfoncé sur une touche.

Il ne revint que plusieurs heures plus tard, quelques heures après la diffusion de son émission préférée, qui avait été enregistrée automatiquement grâce au système de programmation. Il regarda son émission.

Exténué, il alla se coucher. Il ferma les yeux et se trouva bien seul à devoir contrôler toutes ses pensées, jusqu'à ce qu'il tombe enfin dans un sommeil profond.

Toute la nuit, il rêva. Des rêves qu'il n'eut pas l'impression d'avoir à inventer lui-même.

dimanche 31 octobre 2010

Robert et les morts vivants

Il faisait froid, ce matin-là. Robert, à son réveil, dut augmenter la température du plancher chauffant de la salle de bain. Au bout de quelques minutes, sous ses pieds, les tuiles de céramique noires dégageaient déjà une bienfaisante chaleur. Robert put donc faire sa toilette du matin bien réconforté par son plancher, qu'il aimait tant. Il ne trouva pas sa brosse à dents, mais se dit qu'il méritait bien d'en déballer une nouvelle. Il en retira une du tiroir où il gardait ses brosses de rechange, bien rangées côte à côte comme dans un magasin.

Puis il s'habilla chaudement, et commença à préparer son petit déjeuner. Il voulut faire une omelette, mais au moment où il voulut verser un nuage de lait dans sa préparation afin de la rendre plus duveteuse, il se rendit compte que le contenant de lait avait été rangé vide au réfrigérateur. «Étrange», se dit-il. En effet, ce genre de distraction, ce n'était pas son genre.

Il décida donc d'aller au petit marché du coin afin d'acheter du lait. Il ouvrit la porte du placard d'entrée, pour y chercher son manteau noir Jack & Jones, celui qui était trop chaud pour une journée normale d'automne, mais pas assez pour une journée d'hiver. Il serait juste parfait pour cette calme journée d'automne, fraîche et grise. Ce manteau noir était facile à repérer. Il plaçait toujours les manteaux en camaïeu décroissant, du noir au blanc. Si plusieurs manteaux étaient de la même couleur, c'était le degré d'épaisseur qui dictait l'ordre. Bref, à gauche, vers le milieu de la section des manteaux noirs, se trouverait ce manteau idéal, qu'il ne pouvait pas porter bien plus souvent qu'une dizaine de jours par année. Cependant, lorsqu'il tendit la main vers l'endroit approprié, il ne trouva pas le manteau. Il dut parcourir toute la gamme de coloris pour enfin trouver son manteau camouflé entre un parka vert armée et un coupe-vent vert bouteille. «Très étrange», pensa-t-il. Pourquoi ce manteau s'était-il retrouvé là?

Il descendit dans la rue. Dehors, le matin brumeux ne laissait voir aucune âme qui vive. Les trottoirs étaient déserts, les rues comme arrêtées dans le temps. Arrivé devant le marché du coin, il observa une petite pancarte écrite à la main: «De retour dans 5 minute». Sans «s». Comme il n'avait vraiment pas envie d'attendre le retour de ce dernier de classe, il entreprit d'aller au marché qui se trouvait un peu plus loin, de l'autre côté du pont.

En marchant, seul le bruit de ses pas brisait le silence qui régnait sur son quartier. Il passa sous le pont, où aucune voiture ne roulait. Il entra enfin dans ce petit marché qu'il ne fréquentait normalement jamais. Il le trouvait sombre, sale, lugubre. Il parcourut l'allée centrale, afin d'atteindre le comptoir réfrigéré, tout au fond, qu'il détecta au vrombissement de son moteur de système de réfrigération.

Devant les portes vitrées, s'étalaient devant lui contenants divers, poussiéreux et au design graphique qui semblait avoir été créé des décennies plus tôt. Il repéra la section des produits laitiers. Les contenants de lait ne se trouvaient pas à la hauteur des yeux, comme il se devait, mais plutôt sur la tablette du bas, près du plancher de tuiles collantes et affichant une mine négligée. Il se pencha, ouvrit la porte. «10 - 31 - 78», que c'était écrit sous l'inscription «meilleur avant» du litre de lait qu'il choisit. 78? Ce chiffre ne pouvait être le jour, encore moins le mois. Il conclut donc qu'il s'agissait de l'année. 78. Comme dans 1978? Il brassa le contenant. À l'intérieur, de probables grumeaux faisaient un bruit sourd de vagues gluantes. Sans hésiter, il reposa le contenant sur la tablette, referma la porte vitrée et se retourna pour quitter ce commerce indigne.

«On peut vous aider?», dit alors une voix rauque. Il leva les yeux. Une femme en décomposition le regardait, du seul oeil qui lui restait. Robert figea, glacé d'effroi. «Il n'est pas assez bon pour vous, mon lait?», ajouta la femme, d'un ton hautain qui contrastait avec son look franchement négligé. «Non, non... Il est parfait, votre lait. C'est juste que...», répondit Robert en bégayant. Alors, il poussa tout le contenu d'une tablette remplie de nourriture pour chiens sur la femme, la jetant au sol, et prit la fuite.

On lui bloqua aussitôt le passage. Il fit face à une bande de créatures vaguement humaines, qui le dévisageaient en bavant. Prenant son courage à deux mains, il lança: «Mais, qui êtes-vous?». Le plus décomposé, un homme d'âge mûr qui ne savait définitivement pas comment agencer ses vêtements, lui répondit: «Nous vivons partout autour de toi. Nous sommes les morts vivants. Nous nous cachons partout. Nous voulons te manger.»

Tous se jetèrent sur Robert. Ce dernier tenta de se réveiller, croyant à un cauchemar. Mais non. Ce n'était pas un rêve.

Des lambeaux et des miettes de Robert traînèrent sur le sol froid du petit commerce. Le sang cailla rapidement.

Chez Robert, sur le comptoir, des oeufs battus attendirent un nuage de lait en desséchant lentement, lentement.

jeudi 28 octobre 2010

samedi 23 octobre 2010

Alors...

Alors, j'ai fait le lit. J'ai replacé la couette bien au fond de sa housse. J'ai plié les serviettes blanches, les linges à vaisselle. J'ai vidé le lave-vaisselle, en replaçant toute la vaisselle comme il faut. J'ai rempli le lave-vaisselle à nouveau, des morceaux qui patientaient dans l'évier. J'ai vidé la poubelle de la cuisine dans la poubelle extérieure. J'ai remplacé le sac. J'ai replacé un verre à vin avec les autres, en réaménageant tous les verres afin que ce soit pratique, afin que ce soit beau. Il y avait sur la tablette des verres une petite bouteille de tequila. Je l'ai déposée par terre. J'ai regardé la tablette du bas, où se trouvaient toutes les autres bouteilles d'alcool. J'ai tenté d'insérer la bouteille de tequila sur cette tablette. Trop de bouteilles. Pas de place. J'ai pensé que si je sortais toutes les bouteilles et que je recommençais, j'y arriverais, peut-être. J'ai créé des sections. Les bouteilles de rhum ensemble. Celles de Whisky ensemble. Les vodkas. Les liqueurs. Les inclassables, bien classées, ensemble. J'ai essayé de placer la bouteille de tequila, mais elle était trop coincée. La porte ne fermait plus. J'ai recommencé. Plusieurs fois. Peu importe comment je divisais les sections, il n'y avait jamais de place pour la bouteille de tequila. J'ai alors enfreint ma règle des sections, pour voir. La vodka russe s'est retrouvée à l'opposé de la vodka polonaise. Je n'ai pas aimé ça. Mais il fallait que cette bouteille de tequila trouve sa place. Ça n'a rien donné. Pas plus de place. Trop de bouteilles aux formes trop variées. J'ai séparé les bouteilles en les classant par forme. J'ai replacé les bouteilles de la plus grosse à la plus petite, en calculant combien les bouteilles carrées pouvaient se disposer dans un quadrillé imaginaire et combien les rondes pouvaient former un différent type de quadrillé, en quinconce. Je me suis surpris à aimer les bouteilles ovales, super obéissantes, faciles à glisser dans les endroits libres. Mais toujours pas de place pour la bouteille de tequila. Satanée tequila. Une bouteille presque vide. Alors, j'ai ouvert la bouteille et j'ai bu la tequila, d'un trait. Dehors, la lune était belle. Pleine ou presque. Autour, un halo blanc, parfaitement rond.

mercredi 13 octobre 2010

Ludovic et Anneke (rencontres fictives)

Ludovic avait cessé d'être à l'emploi de Vin depuis déjà six mois, mais il ne s'était pas encore décidé à mettre la main à la pâte de sa propre production artistique. Toutes ses journées étaient passées à paresser, à manger n'importe quoi et à regarder la télévision. Quand ses quelques amis lui demandaient ce qui l'occupait, il répondait un vague: «Ah, je fais de la recherche», puis il tentait de changer de sujet en posant des questions. Comme tous ses amis aimaient parler d'eux-mêmes, il n'en fallait que peu pour qu'on le laisse tranquille avec son manque de motivation au travail. Il prenait le contrôle de la conversation tout en ayant plus à parler.

Il avait d'abord imaginé que de ne plus travailler dans l'ombre du photographe vedette qu'était Vin lui apporterai beaucoup de temps pour sa création. Il s'était vu, faire de la photo, peindre, créer des installations et se faire un nom dans le monde de l'art contemporain. Son propre nom. Après tant d'années de travail acharné quoique anonyme, il s'était senti prêt.

Bien écrasé dans son fauteuil, mangeant des croustilles à longueur de journée, il ne semblait pourtant pas prêt à devenir le grand artiste qu'il disait vouloir être. Même son appartement de Palermo Hollywood, normalement si bien rangé, reflétait cette inertie. La poussière s'accumulait. Les vêtements sales s'empilaient. La cuisine s'était transformée en une vraie zone sinistrée.

Parfois, il lui arrivait de penser que d'avoir quitté Vin avait peut-être été une erreur. Auprès de Vin, au moins, il était actif. Séparé de lui, il ne se sentait pas libre comme prévu, mais bien complètement démuni. «L'inspiration, ça ne se commande pas», se disait-il pour se rassurer. Cet auto-mensonge n'avait aucun effet, sinon de nourrir en lui son sentiment de culpabilité. L'inspiration, elle se trouvait partout et ça, il le savait, au fond.

À la télé, il regardait n'importe quoi. Toute la journée, il était hypnotisé devant son écran plat, traitant à peine les images dans son cerveau.

Ce soir-là, cependant, il fut fasciné par une nouvelle émission de télévision, une traduction espagnole de la version européenne de Hoarders, intitulée Amontonadores. Cette émission présentait des gens en détresse qui ne peuvent s'empêcher d'accumuler des masses d'objets et de détritus dans leurs demeures. L'épisode de cette soirée mettait en vedette une certaine Anneke, une vieille Suédoise qui avait transformé sa maison en un dépotoir insalubre.

Tout dans cette émission était mis en oeuvre afin que les téléspectateurs soient dégoûtés: des images chocs, des entrevues pathétiques, de la musique dramatique, des textes touchants en surimpression, des gros plans de matières fécales et tant d'autres choses encore. Un long plan séquence nous faisait découvrir cet étrange espace qu'habitait Anneke, une dame âgée vêtue de haillons. Cet environnement, vraiment, c'était à donner des haut-le-coeur. Mais pas pour Ludovic.

Ludovic était fasciné, lui. Il était rivé à son écran de télévision. Il observa comment tous ces objets étaient finement organisés dans cette apparence de désordre. Il remarqua comment ce qui ne paraissait être que des ordures était en fait une accumulation consciente qui respectait plusieurs principes visuels et conceptuels. La palette de couleurs était contrôlée. Les objets étaient arrangés, assemblés. Les tas formaient des formes dynamiques, qui se répondaient, communiquaient. Même la présence de vieux tissus devant les fenêtres, seules sources de lumière, venait achever non pas un désastre insalubre, mais bien une oeuvre. Une grande oeuvre. L'oeuvre d'une vie.

Il admira cette artiste incomprise. Alors que l'animatrice de télé et son équipe s'apprêtait à tout jeter, à tout ranger, à tout détruire, il eut le réflexe d'éteindre la télévision. Il ne voulait pas être témoin de ce massacre, de cet acte de vandalisme horrifiant. Anneke était une artiste, une vraie. Il se compara à elle et vint rapidement à la conclusion que son petit talent artistique à lui n'arriverait jamais à la cheville du talent de cette femme, de ce génie.

Il resta figé dans son fauteuil. Il fixa l'écran noir pendant des heures. Il se dit qu'il lui fallait tout recommencer, toute sa vie, à zéro.

jeudi 7 octobre 2010

Robert (nom fictif)

Debout, au milieu de la cuisine, Robert regardait tout autour de lui avec amusement. Des casseroles, des ustensiles, des bols à mélanger, de la vaisselle, des plats Tupperware et tant d'autres objets rendaient la vue du plancher quasiment impossible. Il devait bien y en avoir jusqu'à ses mollets. Tout était mélangé. Il allait enfin pouvoir se débarrasser de tous ces objets encombrants.

Il avait pensé à ce moment-là souvent et ce, depuis fort longtemps. «Un jour, je vais tout jeter. Tout. Toute cette matière autour de moi sera évacuée de mon univers et je pourrai recommencer à zéro.», se disait-il périodiquement. Il est vrai que le rangement, ce n'était pas son truc. Bien sûr, tous ses amis auraient cru le contraire, mais ils se trompaient. Non, Robert n'aimait pas classer ses possessions. Pour lui, c'était un passage obligé, une tâche incontournable afin de connaître un jour son idéal de pureté. Mais ses expériences répétées ne lui avaient que confirmé ce dont il se doutait depuis tant d'années, mais qu'il se refusait à accepter: sa quête était impossible.

Vivre dans son monde de rêve, où rien ne dépasse, rien n'est de trop, rien ne semble pas à sa place, avec tous ces objets accumulés pendant toute sa vie, ça n'avait aucun sens. Il resterait toujours quelque objet souvenir pour défaire le tableau. Par exemple, une collection d'articles de cuisine, au fil des années, subit tant d'embûches: des lignes de produits qui changent de look, des compagnies qui font faillite, des objets qui s'usent inégalement, des choses perdues, ébréchées, oubliées, retrouvées... Il n'y avait qu'une seule façon d'atteindre cette perfection qu'il recherchait tant. Il fallait tout jeter, sans exception, et recommencer.

Quel plaisir avait-il à bourrer des sacs à ordures gigantesques de toutes ses possessions! C'était une vraie fête. Tout y passa. Articles de cuisine, outils de jardinage, photos, livres, serviettes, draps... Tout. Ses meubles furent descendus un à un sur le trottoir, où ils passèrent de courtes minutes avant d'être ramassés par quelque passant. Les électroménagers disparurent encore plus rapidement. Les gros objets, parfois, furent lancés par les fenêtres, directement dans un gros container qu'il avait loué pour cette journée spéciale. Au bout d'une dizaine d'heures, il ne restait presque plus rien. Les sacs furent déposés dans le container et les tout derniers vestiges de sa vie furent mis dans des boîtes qui subirent le même sort. Il ne restait plus rien. Pas même les vêtements qu'il portait, qu'il avait pourtant bien lavés et repassés, la veille, pour cette grande occasion. Rien.

Robert regarda autour de lui en poussant un soupir de satisfaction. Il regarda la grosse horloge Molson qu'il voyait de sa fenêtre. Il était minuit. Minuit juste. Ce détail lui fit plaisir. Il s'endormit en boule, comme un petit chat, sans aucune arrière-pensée. À vrai dire, sans aucune pensée du tout.

Le lendemain, il était prêt à recommencer, à tout racheter, mais tout en même temps cette fois-ci, d'un seul coup, sans faire d'erreur, sans fautes de goût, sans excès, sans embûches. Son bonheur était immense, pur. C'est alors que l'eau, brune et glaciale, monta, monta, monta...

Vue de l'espace, la Terre avait perdu ses couleurs de terre, son bleu, ses variations géologiques. Tout était lisse, comme une bille. Une petite bille brune qui tournait, tournait, autour du soleil, comme si de rien n'était.

mercredi 6 octobre 2010

Anneke (nom fictif)

Debout, au milieu de la cuisine, Anneke regardait tout autour d'elle avec indifférence. Des casseroles, des ustensiles, des bols à mélanger, de la vaisselle, des plats Tupperware et tant d'autres objets rendaient la vue du plancher quasiment impossible. Il devait bien y en avoir jusqu'à ses mollets. Tout était mélangé. Sa maison, c'était un désastre constant. Il ne restait plus un seul centimètre carré d'espace pour déposer quoi que ce soit, et ce, depuis des années. Pour cette raison, elle ne faisait que tout jeter par terre, transformant sa petite maison, dans une campagne reculée de la Suède, en véritable dépotoir.

Au village, où elle n'allait que rarement pour s'approvisionner en nourriture, mais surtout en alcool, personne ne lui parlait. Même sa fille, qui travaillait à la pharmacie, n'osait plus lui adresser la parole, ni même la regarder. Devant ces regards fuyants, elle s'était réfugiée en elle-même, comme une âme contenue, seule citoyenne de son monde intérieur.

Cette journée-là, elle avait fait comme d'habitude et s'était réveillée de très bonne heure. Son lit, recouvert sous des tonnes de boîtes, de vêtements sales, d'objets de toutes sortes, paraissait être un nid pour un animal sauvage étrange. Elle s'en sortit comme une morte qui quitte sa sépulture. Elle urina dans un coin de la chambre, sur un amoncellement de vieux journaux. D'un pas lent et lourd, elle se dirigea vers la cuisine.

Dans cette cuisine, il n'était plus question de préparer de la nourriture. C'était plutôt un travail de recherche, de fouille archéologique, qui lui permettait de mettre la main sur un sac de plastique contenant de vieilles tranches de pain moisi ou sur un Tupperware où desséchait un morceau de fromage. Elle but une gorgée d'un liquide rougeâtre, qui nappait le fond d'un verre déniché sur le comptoir. Puis elle trouva un coeur de pomme qu'elle grignota tranquillement, accroupie près du réfrigérateur.

Sa routine fut alors interrompue par un bruit. Toc-toc-toc. On frappait à la porte. Elle resta en boule, les yeux exorbités de frayeur, telle une proie qu'on traque. Toc-toc-toc. À quatre pattes, elle s'avança au travers des décombres, se frottant les genoux sur le parquet délabré et noirci. Devant la porte, elle s'arrêta et attendit. Elle écoutait chaque petit bruit afin de tenter de comprendre ce qui pouvait bien se passer de l'autre côté de sa porte. Elle se leva enfin puis regarda à travers la minuscule vitre de la porte. Elle resta figée.

De l'autre côté, se trouvaient sa fille, accompagnée d'une dame en complet et de trois hommes dans la vingtaine, dont deux portaient à l'épaule des caméras de télévision. Toc-toc-toc. Elle se jeta sur le sol et se camoufla sous un vieux rouleau de moquette. Toc-toc-toc. Elle tentait de ne plus faire de bruit, de contrôler sa respiration. La porte s'ouvrit, difficilement, emportant dans son mouvement souliers, pots à fleurs, bouteilles vides et sacs de plastiques remplis de matière molle.

Dans son esprit, elle vit son univers se détruire. Elle vit de la lumière entrer. Trop de lumière. Elle vit des murs tomber, des hordes de personnes envahir son espace. Elle se vit, elle, perdre tout le contrôle sur un monde dont elle avait été reine depuis si longtemps. Puis elle ne vit plus rien. Rien que du vide.

Dans la chambre où Anneke dort depuis ce jour, tout est blanc. Tout est propre. Mais Anneke ne voit rien de cette blancheur. Partout où elle pose les yeux, il n'y a que du noir.

Et elle ne s'est jamais sentie aussi sale de toute sa vie.

vendredi 1 octobre 2010

Pan Yu (nom fictif)

Debout, au milieu de la cuisine, Pan Yu regardait tout autour d'elle avec résignation. Des casseroles, des ustensiles, des bols à mélanger, de la vaisselle, des plats Tupperware et tant d'autres objets rendaient la vue du plancher quasiment impossible. Il devait bien y en avoir jusqu'à ses mollets. Tout était mélangé. Sa maison, qu'elle habitait depuis maintenant tant d'années, était en train d'être démolie.

En plein coeur de Shanghai, le Hutong où se trouvait ce petit appartement, il est vrai, ne semblait plus du tout à sa place. Ces labyrinthes de ruelles où tant de familles logeaient, dans des espaces minuscules et sombres, se faisaient de plus en plus rares et ce, dans la plupart des grandes villes de Chine. C'est qu'il y avait tant à construire: des tours à bureaux, des centres commerciaux clinquants, de luxueuses installations urbaines de métal et de verre, montrant à la face du monde que la Chine avait enfin mis les pieds dans l'ère moderne.

Les quelques Hutongs conservés avaient vite été transformés en galeries d'art contemporain, en micro quartiers de bars branchés et en espaces réservés pour les touristes, qui pourraient s'y procurer des objets souvenirs plus chers que partout ailleurs et croire ainsi avoir déniché la perle rare. Bien sûr, ces mêmes objets coûteux se retrouvaient aussi dans des marchés miteux, pour une fraction du prix, mais, pour certaines personnes, mettre le gros prix procure un plaisir irremplaçable.

Pan Yu, la veille, avait passé une journée tout à fait ordinaire. Elle avait lavé ses vêtements dans l'évier qu'elle partageait avec plusieurs voisins, dans la ruelle. Elle avait préparé ses repas, sur un petit réchaud au gaz. Elle avait discuté avec la voisine de tout et de rien, ne mentionnant même pas les changements radicaux qu'on avait prévu pour elle et toute cette frange urbaine. Chez ceux qui restaient, car plusieurs étaient partis dès qu'on leur avait annoncé leur éviction, on pouvait sentir un sens du devoir incroyable. Ils se devaient de demeurer fiers, jusqu'au dernier moment.

Ce matin, lorsque les multiples camions arrivèrent, tous les derniers occupants quittèrent leurs modestes demeures, emportant avec eux seulement quelques valises, parfois empilées sur des charrettes. Mais Pan Yu, elle, ne quitta pas. À quoi bon s'en aller? Pourquoi se refaire une vie à son âge? Avait-elle vraiment envie de se retrouver dans une tour d'habitation impersonnelle, quelque part en périphérie de la ville qui l'avait vu grandir? Non. Ça n'avait aucun sens.

Les premières secousses firent trembler les murs. Au bout de seulement quelques minutes, il y avait de la poussière partout, des fragments détachés, des murs disparus, des toits retirés comme de simples couvercles de Tupperware par des grues énormes. Les ouvriers ne la remarquèrent même pas. Ils devaient faire vite. Ils ne devaient pas laisser trop de temps de réflexion aux spectateurs de cet événement. Leurs patrons les avaient bien convaincus qu'il n'y avait qu'une seule conclusion possible, de toutes façons: bon débarras.

Personne ne découvrit jamais les restes de Pan Yu. Ils furent oubliés dans un dépotoir géant, ou peut-être même simplement engloutis sous des tonnes et des tonnes de béton.

Heureusement, le nouveau centre commercial construit là où Pan Yu perdit la vie, lui, est l'un des plus achalandés de tout Shanghai.

En mandarin, on le dit «xîng wáng»: «plein de vie».

lundi 27 septembre 2010

Léonie (nom fictif)

Debout, au milieu de la cuisine, Léonie regardait tout autour d'elle avec délice. Des casseroles, des ustensiles, des bols à mélanger, de la vaisselle, des plats Tupperware et tant d'autres objets rendaient la vue du plancher quasiment impossible. Il devait bien y en avoir jusqu'à ses mollets. Tout était mélangé. Ça faisait déjà deux mois qu'elle ne pensait qu'à ce jour, qui était enfin arrivé. Elle allait faire son lavage de tablettes de cuisine annuel.

Bien sûr, il lui arrivait de vider une tablette pour passer un coup de chiffon de temps en temps, mais aujourd'hui, c'était l'occasion de revoir tout le contenu de sa cuisine au grand complet, de faire le point. Elle trouvait un plaisir incroyable à passer chaque pièce en revue, une à la fois, de la regarder, comme d'autres regardent leurs vieilles photos de famille. Elle en profitait pour tout nettoyer soigneusement, caressant chaque courbe de couvercle, savourant les douces textures de l'acier inoxydable, de la porcelaine ou du Tupperware.

Cette journée, c'était sa préférée. Son petit Noël juste à elle. Pour bien apprécier chaque instant, elle prenait soin de mettre à la porte son mari, qui en profitait pour faire du camping sauvage, ainsi que Choupette, sa petite chienne qu'elle aimait énormément, mais qui allait suivre Henri dans son périple en forêt, qu'elle le veuille ou non. Léonie ne négligeait aucun détail: l'éclairage à son maximum (pour ne rien laisser passer), le plancher lavé à fond (la brosse à dent était son alliée pour les espaces entre les tuiles), du parfum d'intérieur cher (et non ceux disponibles en pharmacie, qui ne servaient que les autres 364 jours de l'année) et CHIC, la radio 100% classique, que son mari ne supportait pas.

Elle frotta une première fois toutes les tablettes avec une eau savonneuse, ne négligeant pas non plus les fonds de tiroirs, puis rinça avec de l'eau tiède. C'était la première étape. Ensuite, elle passa en revue les zones problématiques et les identifia avec des petites feuilles autocollantes colorées (cette année, c'était rose), tirées du bloc-notes qui ne servait normalement qu'à retranscrire les numéros de téléphone. Ensuite, elle attaqua ces zones avec une solution bien à elle, meilleure que tout ce qui était disponible dans le commerce, qui contenait, entre autres: eau de Javel, bicarbonate de soude et une goutte d'eau de rose. Après, elle rinça à nouveau, avec une éponge neuve qu'elle jeta aussitôt terminée cette étape. Le dernier passage, c'était son petit cadeau. Elle prit un linge blanc, qui ne mentirait pas sur la possible saleté oubliée et nettoya voluptueusement toutes les surfaces une dernière fois. À chaque coup avec le linge, elle observait le coton blanc immaculé avec fierté, mais aussi en ressentant à chaque fois comme un petit deuil. Elle ne revivrait plus ce moment avant l'année prochaine.

Le lave-vaisselle, pendant tout ce temps, fonctionnait à pleine capacité, en produisant son vrombissement rassurant. Elle dut bien le remplir et le vider huit fois, cette journée-là. Les pièces plus encombrantes ou plus fragiles, elle les lavait à la main, une fois les tablettes bien propres. Sa lessive, la veille, avait été prévue en fonction de cette journée spéciale: tous les linges à vaisselles étaient nets et repassés. Ce jour-là, elle en passa une bonne douzaine, voulant éviter les traces souvent laissées par les linges trop humides. Elle souriait devant chaque morceau replacé, se remémorant du coup les plus beaux moments de sa vie: son mariage, son voyage de noces, la naissance de ses quatre enfants, l'arrivée dans sa vie de Choupette.

Elle se souvenait de la provenance de chacune des pièces: le bol à salade en verre taillé offert par Noelline, sa grande amie; les verres à jus, humblement accumulés dans une station-service entre 1973 et 1976; l'essoreuse à salade, tout dernier article jamais acheté au Simpsons de son quartier avant sa fermeture. Sa cuisine, c'était comme le récit de sa vie, comme une biographie détaillée qu'elle aimait relire. Tout y restait gravé, peu importe combien elle aurait pu frotter.

Debout, au milieu de sa cuisine, Léonie regarda autour d'elle avec satisfaction. Tout était impeccable, bien rangé.

C'était clair: elle avait vraiment réussi sa vie.

samedi 18 septembre 2010

La peur de ma vie

Je comptais ça et ça donnait 5,49% de mon temps consacré aux tâches ménagères. C'est tout?! J'ai été surpris. C'est pas beaucoup. Si ce résultat est vrai, c'est que je suis un dégueulasse, que je me suis dit. Ça m'a fait presque peur.

J'ai recommencé mon calcul. J'avais sûrement sous-estimé combien de temps ça prend, vider un lave-vaisselle. Je me suis minuté. Ça tombait bien, j'avais justement un lave-vaisselle à vider dont la charge me semblait de taille moyenne. J'ai pris soin, comme d'habitude, de créer des piles équilibrées, même avec les ustensiles (sauf les couteaux qui ont la fâcheuse particularité de ne pas être empilables). Quatre minutes 47 secondes, que ça a donné. Soit 13 secondes de moins que l'estimation qui m'avait servi à calculer mon pourcentage. Bref, mon pourcentage baissait, au lieu de remonter!

J'ai minuté le temps nécessaire à transférer les vêtements de la laveuse à la sécheuse et à placer sur des cintres les chemises qui ne vont pas dans la sécheuse (sauf pendant une minute pour les défroisser, minute que j'ai rentabilisée en partant une nouvelle brassée) et je me suis retrouvé avec un total encore un fois un peu moindre que ce que j'avais estimé, soit sept minutes et 20 secondes au lieu des dix minutes initialement estimées. Je n'ai même pas soustrait les secondes perdues à uriner au cours de cette tranche de travail. Or, je faisais baisser ce pourcentage encore une fois, au lieu de le remonter.

J'ai commencé à m'inquiéter. Mais si mon calcul donnait un résultat si bas, c'était sûrement simplement que j'avais oublié des activités. Il est de ces activités ménagères qui se font machinalement, sans qu'on n'y pense. Je me suis dit qu'il y avait tout bonnement des tâches que j'avais omises dans mon calcul.

J'ai revu ma journée dans ma tête, comme un skieur qui visualise la piste avant une course, sauf que moi, c'était dans mon passé, pas dans mon futur. J'ai fermé les yeux. J'ai tout vu: le lit à faire, les oreillers à fluffer, le contour du lavabo à essuyer, la robinetterie de la salle de bain à astiquer (voilà un exemple de tâche machinale), la douche à rincer, la vitre mouillée à passer au squeejee, le «douche fraîche» à vaporiser, le tapis de salle de bain à replier en trois, les gouttes d'eau sur le plancher à assécher grâce à un linge, ce linge à placer dans le panier à linge sale, les portes à ouvrir et à refermer, les tiroirs, les objets à enligner, tout, tout, tout. J'ai tout visualisé.

Bon. J'avais en effet négligé quelques tâches dans mon calcul, mais que des petites tâches qui ne prennent que de 5 à 45 secondes à accomplir, tout au plus. Il n'y avait pas de quoi pallier à mes précédentes évaluations exagérées.

Il y avait pire: je me suis rendu compte que dans mon calcul initial, j'avais intégré des tâches qui ne sont pas réellement quotidiennes, comme toutes ces journées où je ne mange pas à la maison et qui ne me demandent aucune vaisselle à faire, à rincer ou à placer au lave-vaisselle. J'avais cependant inclus, au pro rata, certaines tâches évidemment occasionnelles, comme le lavage des vitres (une fois par mois - je suis négligé, c'est incroyable!), en divisant pour obtenir le temps réel quotidien consacré à ces activités. J'avais sans doute encore une fois arrondi à la hausse, en tenant compte qu'il y a 30 jours par mois et non 30,4375 en moyenne. Rien n'avait été oublié. Et mon résultat ne s'améliorait pas.

5,49% de mon temps, c'est quoi, au juste? C'est rien. Il me reste bel et bien 94,51% (ou plus encore) de temps pour tout le reste. Cette constatation me donne le vertige. Où vont ces précieuses minutes? Je les utilise à quoi, au juste? Comment se fait-il que, dans mon cerveau, un maigre 5,49% de ma vie semble prendre tant de place?

Je vous l'ai dit: ça fait presque peur.

samedi 11 septembre 2010

Faire preuve de fermeture

Un peu de sérieux.

Il est grand temps qu'on s'attarde ici, en ces modestes pages, à un sujet dont les médias n'osent traiter. Est-ce par peur? Par paresse? À cause de ce bâillon qu'est le politically correct, qui nous empêche de brasser les vraies affaires? Il faut crever l'abcès, même si ça risque de faire mal. La loi du silence ne peut plus durer. Elle nous mènera à notre perte. Nous avons une responsabilité d'agir afin de faire de notre monde un monde meilleur. Alors, je vous en prie, écoutez-moi bien: fermez donc, une fois pour toutes, tous ces tiroirs laissés ouverts!

Oui, oui, vous m'avez bien compris. Vous vous reconnaissez, j'en suis certain. On est pressé, on se brosse les dents, et on quitte la maison en laissant le tiroir à côté du lavabo grand ouvert. La salle de bain en reste défigurée, impuissante. Les tiroirs de cuisine, aussi, sont la cible de cette honteuse négligence. Qui n'a pas un jour répondu au téléphone pour oublier aussitôt que le tiroir à ustensiles était resté ouvert? Comment vivre dans de pareilles conditions? Dans les chambres à coucher (celles des adolescents sont les pires - c'est un cliché, mais que voulez-vous, c'est comme ça), on ne peut que constater le fouillis général, ponctué de tiroirs de commodes mal fermés, qui laissent même parfois s'échapper des vêtements mal pliés. Sommes-nous des animaux? C'est sans parler des tiroirs de classeurs, jusque dans les bureaux les plus chics, qui laissent voir tous ces papiers, tous ces documents, qui eux n'ont pourtant jamais demandé à polluer visuellement notre univers. George Orwell avait prédit pour nous bien des horreurs, mais, celles-là, jamais.

Il y a pire. Un tiroir, ça reste petit. C'est rarement situé à la hauteur des yeux. Mais on tombe parfois encore plus bas. Et plus haut. Certaines personnes indignes vont même jusqu'à laisser portes d'armoires et portes de placards béatement ouvertes après y avoir extrait quelconque assiette, balai ou chemise. Pourquoi tant de violence?

Après ça, on se gargarise d'idéaux. On parle politique, environnement, droits humains. On recycle machinalement nos cannes de thon en se disant qu'on fait notre part. Comment peut-on rester aveugle à ce point? De quel droit? Comment un habitant de notre planète peut-il sérieusement se vanter d'agir de façon responsable alors qu'il vient tout juste de suspendre son manteau dans un placard d'entrée en en laissant la porte impunément ouverte? «Pornographie!», je crie. Pornographie.

La technique de la porte accordéon est-elle si difficile à maîtriser? Une coulisse de tiroir, ça ne sert qu'à ouvrir, peut-être? Si vos portes d'armoires ne méritent plus d'être refermées immédiatement après avoir sorti la vaisselle nécessaire, est-ce parce que le contenu de vos armoires est à ce point esthétiquement classé? Mensonge! Mensonge.

Ouvrez les yeux, je vous prie. Et désormais, refermez bien tout ce que vous ouvrez.

lundi 30 août 2010

Pol Pot

Aujourd'hui, je pliais les linges à vaisselle et les serviettes à mains et je me disais: «Wow! Quelle efficacité. C'est vraiment superbe à voir.»

J'ai une technique infaillible, qui crée des piles simples à déplacer, faciles à ranger et agréables à regarder. Aucun geste n'est superflu. C'est vraiment impressionnant de me voir aller. Oui, oui. C'est comme un ballet, réglé au quart de tour. Mes mains se meuvent avec grâce, fluidité, précision, sans avoir pourtant à entrer en contact avec mon cerveau, ce qui me fait économiser de précieuses secondes. On dirait un film en accéléré. Un court-métrage de Norman McLaren. Les piles montent à vue d'oeil. J'ai un réel talent, vraiment.

En effectuant cette tâche, mon esprit observe, béat, et a même le loisir de s'évader un peu. Il s'agit là d'un moment très fort de ma journée où je peux être fier de qui je suis. Ça donne envie de salir des serviettes plus souvent.

Bon. Vous me direz qu'il n'y a pas de quoi être fier, mais plutôt raison de s'inquiéter. Ne vous gênez pas. Allez-y, dites-le. Ça ne me choquera pas. Ça ne pourrait pas me choquer, puisque cette pensée, je l'ai eue moi-même en m'observant m'observer. C'est que j'ai un regard critique sur qui je suis et sur mes succès, voyez-vous.

C'est vrai, on pourrait critiquer. Souligner qu'il y a mieux à faire dans une journée que de plier du linge de maison. Les mots «pathétique» et «looser» pourraient même être mentionnés au passage. À la rigueur, on pourrait méditer sur ce talent, en se disant qu'il y a peut-être une façon plus digne de l'exploiter, auprès du Cirque du Soleil, par exemple. Oui. Encore une fois, vous avez raison.

Mais dites vous bien que ça pourrait être pire. De grands talents ont causé bien des désastres sur notre planète. Je ne vous ferai pas ici une leçon d'histoire, mais il faut se rendre à l'évidence. Le talent peut être mis au service du mal. Prenez Pol Pot, par exemple: un homme qui avait sûrement du potentiel (d'où son surnom, «Political Potential», devenu «Pol Pot»), mais qui a fini par causer la mort de plus d'un million et demi de personnes.

Et je gage que ses placards étaient dans un état lamentable.

dimanche 22 août 2010

Pot au lait

Robert et le pot au lait

Robert sur son comptoir de béton ayant un pot au lait
Bien posé sur un sous-plat de grès
Prétendait nettoyer de fond en comble son réfrigérateur.
Léger et court vêtu il y allait à grand gestes;
Ayant mis ce jour-là, pour être sans moiteur
Camisole blanche et pas de veste.
Notre maniaque ainsi troussé
Voyait déjà dans sa pensée
Tout l'éclat de son frigo, en salivait quasiment,
Frottait les compartiments à oeufs, décrassait les poignées;
La chose allait à bien par son soin diligent.
Il m'est, disait-il, facile
De retirer les tiroirs pour les rincer soigneusement
Le savon sera fort utile,
Pour déloger les collants condiments.
Les pots de moutardes bien nettoyés ne feront plus de traces;
Ils étaient, je dois le dire, dans un état lamentable:
J'aurai, en les astiquant, eu raison de la crasse.
Et qui m'empêchera de retirer les tablettes démontables,
Vu la facilité de cette opération, pour laver face et verso,
Que je verrai briller au milieu du frigo?
Robert là-dessus frappe le comptoir, transporté.
Le lait tombe: adieu propreté du plancher;
L'homme, constatant le gâchis
Les tuiles collantes,
L'électroménager en morceaux tout salis,
Est pris d'une crise surprenante.
Le récit en farce n'en fut pas fait;
On le dit vraiment trop soupe au lait.

mardi 17 août 2010

Melting pot

C'est dur.

Non, mais, c'est donc ben dur de classer nos vies. Je ne parle pas ici simplement de placer les bas blancs avec les bas blancs, les gris avec les gris et les noirs avec les noirs (sans oublier d'orienter les talons tous du même bord), je parle de toutes ces choses qu'on a à faire dans une journée. À chaque jour de la semaine, d'heure en heure, de minute en minute, de seconde en seconde jusqu'à ce qu'on accumule toutes les semaines de nos vies (souvent, ça veut dire un certain nombre d'années, ça) et qu'au bout de tout ça, il nous reste malgré tout encore des choses à faire que d'autres seront ben pognés à faire à notre place.

Ça occupe un cerveau, toutes ces activités. Ça préoccupe.

Je lisais dans un quotidien gratuit un article qui en fait devait être le compte rendu d'un article qui lui même devait vulgariser un autre article tiré d'une publication plus sérieuse qui communique elle-même le contenu d'articles très pointus écrits par des scientifiques qui vraisemblablement ne doivent pas orienter les talons de leurs bas tous dans le même sens pour avoir le temps de penser à ce genre de choses. Bref, cet article traitait de l'effet Zeigarnik, découvert par la psychologue russe Bluma Zeigarnik. Il paraîtrait donc que les gens se rappelleraient mieux des tâches inachevées que des tâches terminées. Eh ben.

Ce n'est pas tout. Bien que nous soyons plus aptes à garder en tête nos tâches inachevées, cette opération de mémoire inconsciente requiert beaucoup, beaucoup d'énergie. Pour cette raison, il peut devenir épuisant d'avoir à l'esprit tous ces projets laissés en plan. Une tâche accomplie serait rangée comme il faut, dans un petit tiroir de notre matière grise bien refermé. Par contre, si on n'accomplit pas complètement une tâche, le tiroir reste ouvert. Notre cerveau devient comme une commode dont les tiroirs sont inélégamment ouverts et ça: ÇA, ça énerve. Vous trouvez pas?

J'aimerais tellement être plus apte à gérer ça, moi, toutes ces activités qui font de nos vies nos vies. Mais je ne suis pas bon avec les tiroirs mentaux, faut croire. J'en laisse souvent plusieurs grand ouverts. Et ça se mélange dans ma tête. Un vrai melting-pot.

Je vide le lave-vaisselle et puis, en sortant la spatule à BBQ, je songe au BBQ qui doit être nettoyé, ce qui me rappelle que la bonbonne de gaz numéro deux est vide et que la numéro un, il n'y a pas vraiment moyen de savoir combien elle contient et que des steaks au four, c'est pas pareil, vraiment, mais que le four, ça a un peu la taille d'une sécheuse et que, merde!, je ne dois pas oublier mon t-shirt à manches longues acheté à Buenos Aires que j'ai mis à sécher, mais juste pour quelques minutes afin de le défroisser et qu'il risque gros de rétrécir, malgré ce que dit l'étiquette, mais tant qu'à être devant la sécheuse, je devrais partir une brassée de blanc, mais tant qu'à laver du blanc, je devrais intégrer les draps à la brassée, alors je me dirige vers la chambre pour défaire le lit en pensant que le placard d'entrée est sur le chemin, alors aussi bien ranger la casquette qui traîne sur la table du salon depuis hier, ce qui provoque la pensée que la télé, qui est devant, est restée allumée, mais pourquoi, au juste?, ah oui, parce que je devais programmer l'enregistrement des épisodes de la série Glee qui va bientôt recommencer parce que c'est la rentrée et qui dit rentrée, dit préparation de la rentrée avec tout le travail que ça implique, alors je vais voir si j'ai reçu des courriels, mais il n'y a qu'un message de celle qui dit être la femme de ma vie et qui vit en Russie, comme Bluma Zeigarnik, mais qui veut devenir mon épouse malgré son orthographe déficiente, alors j'efface le message, je vide la corbeille des messages effacés et tant qu'à y être, aussi bien vider l'autre corbeille, puis l'historique de mon fureteur internet, puis le cache, même si je ne sais pas vraiment pourquoi il faut faire ça et une mouche tourne, tourne autour de l'écran, attirée par la lumière, j'imagine, bien qu'il soit tôt pour qu'il fasse si sombre dans la maison, alors, je regarde dehors et le soleil s'est couché et je regarde l'heure sur le micro-ondes et il est vraiment rendu tard pour vider un lave-vaisselle.

Là, je me retrouve le cerveau mou comme de la guenille. Comme s'il avait fondu.

Bluma avait bien raison. Et c'est dur d'avoir le cerveau mou.

dimanche 15 août 2010

Pot au feu

Une bonne façon d'accéder au minimalisme, c'est d'imaginer un incendie. Se poser la question: «Qu'est-ce que j'emporte avec moi?», c'est peut-être la seule vraie manière d'aller à l'essentiel de nos possessions.

Bon, je sais, vous me direz que la plupart des gens n'emportent rien, qu'il sont beaucoup plus préoccupés par leur propre vie, si ce n'est de la vie de leurs proches. Mais imaginez que vous êtes seuls dans la maison, qu'un incendie se déclare, mais pas un gros gros incendie, juste un moyen et que votre vie n'est pas en danger immédiat. Disons qu'il faut que vous quittiez les lieux, mais qu'un petit trois minutes de recherche ne vous tuera pas. Alors, qu'est-ce que vous décidez d'aller récupérer?

Allez-vous vers les papiers «importants»? Vers ce qui a le plus de valeur monétaire? Vers le sentimental? Vers les souvenirs? Vers le banal, comme une couverture afin de ne pas passer la nuit dans des draps inconnus, pensant que le traumatisme d'avoir tout perdu, c'est déjà assez pour causer de l'insomnie?

Allez-vous vous trouver ridicules avec votre ourson en peluche devant les flammes qui détruisent vos photos de famille? Pensez-vous vraiment que vous pourrez rebâtir votre vie avec ce que vaut ce collier en or? Des assurances, ça vous dit quelque chose?

Je me souviens d'une publicité qui passait souvent à la télévision quand j'étais enfant. «Ce soir, n'entrez pas sous vos draps sans avoir pensé au feu», que ça disait. J'étais terrorisé par cette publicité. Je m'imaginais, nu pieds (pire, complètement nu même si je dormais pourtant en pyjama), regardant toutes mes affaires partir en fumée.

J'ai eu la chance de ne jamais avoir à vivre ce traumatisme. Mais j'y pense, des fois.

Et je ne sais toujours pas ce que j'emporterais avec moi.

samedi 14 août 2010

Pot pourri

Aujourd'hui, un pot-pourri de réflexions:
  • Du ménage, c'est toujours à recommencer.
  • Si je comptais combien de brassées de lavage que je fais en une année, je perdrais encore plus de temps qu'en faisant toutes ces brassées de lavage-là.
  • Quand c'est rendu qu'en rêve, la nuit, je trippe sur le fait que je trie mon linge, avec un soulagement tellement profond à l'idée de me débarrasser des sous-vêtements que je ne mets presque jamais, c'est soit que je suis dû pour trier mon linge ou que je suis dû pour cesser complètement de dormir, juste au cas ou je rêverais.
  • La meilleure façon de faire disparaître des taches de graisse sur une surface poreuse, c'est d'enduire cette surface de graisse.
  • De la vaisselle jetable, j'aimerais ça aimer ça.
  • Enligner des cadres sur un mur, c'est reconnaître dès le départ qu'on a perdu le contrôle sur sa vie.
  • Je n'ai jamais compris pourquoi on s'entête à faire, à vendre et à acheter des meubles avec des pattes courtes qui rendent difficile le balayage sous ces meubles.
  • Et si il n'y avait qu'une seule sorte de prise de courant sur la Terre, est-ce qu'on perdrait vraiment notre identité à cause de ça?
  • Il y a des couleurs qu'on pourrait bannir, il me semble.
  • Un jour, je pense que je vais me tanner de ma routine de douche, mais que ça va être bien dur de s'adapter à la nouvelle.
  • Les descendants de la personne qui a inventé l'aspirateur doivent être vraiment, vraiment fiers de leur ancêtre, mais à moins d'utiliser un aspirateur eux-mêmes, à la longue, la poussière doit bien finir par s'accumuler chez eux, prouvant hors de tout doute que les êtres humains naissent tous égaux, au fond.
  • De la pourriture, c'est vraiment dégueu.

jeudi 5 août 2010

Le propre de l'homme

Y'a rien de plus propre qu'une maison nettoyée pour de la visite.

En effet, aujourd'hui, je me suis vu en train de frotter le dessous d'un distributeur à savon comme si ma vie en dépendait et je me suis posé cette question légitime: «de quessé?». La réponse allait d'elle-même: je faisais ça pour quelqu'un d'autre. Demain arrive Joe (nom fictif), de New York, pour habiter chez moi pendant mon absence. Un échange, encore...

Chez Joe (nom fictif), à New York, je me rappelle que ce n'était pas particulièrement propre. Pas sale, mais pas maniaquement propre. Alors, pourquoi étais-je en train de virer fou dans le ménage?

Joe remarquera-t-il que j'ai non seulement nettoyé la vitre de la douche avec le squeejee, mais que j'ai aussi nettoyé le squeejee lui-même (non, pas avec la vitre de la douche), jusqu'à ce qu'il brille? S'extasiera-t-il devant un arrangement de petite cuillères dans le tiroir à ustensiles digne d'une photo publicitaire? Se sentira-t-il choyé que, derrière les tables de chevet, qui ne sont déplacées en fait que pour nettoyer derrière, ce soit effectivement nettoyé?

Je gage que non.

En fait, je suis prêt à parier qu'il tombera bien sur LA minuscule tache sur la seule serviette blanche qu'il utilisera. Un oubli de ma part. Il sera dégoûté. C'est tellement difficile de penser à tout, de tout remarquer. De tout nettoyer.

Une saleté minimale généralisée permet de cacher ce genre de petit manquement.

Joe (nom ficitif) l'a compris, lui.

jeudi 29 juillet 2010

Le mensonge des fruits

Bon. Un peu de sérieux.

Je voulais parler du grave sujet des pelures et des écorces des fruits aujourd'hui. Je sais, ce sont des contenants extraordinaires et Mère Nature est une créatrice incontestable, mais avouez que c'est pas mal plus plaisant de manger des fruits qui n'en n'ont pas. Peler une orange, c'est péniiiiible! Extraire le kiwi de sa pelure poilue, quel travail! La noix de coco, je n'en parle même pas.

Mais le pire, c'est qu'on a fini par accepter la fatalité de ces dures épreuves.

Encore pire, on confond fruit et pelure. Demandez à n'importe quel enfant de quelle couleur est une pomme et il vous dire: «rouge», alors que c'est absolument faux! La pomme est plutôt ivoire. Ce n'est que la pelure qui est rouge! Même chose pour les bananes qui ne sont pas jaunes, mais beiges, les oranges qui sont plutôt jaune orangé, les bleuets qui sont, selon la variété, en fait ocres et parfois même presque blancs (sans mentionner que même la pelure n'est pas tant bleue que violette) et les prunes qui vacillent entre le jaune oxyde et le rouge bordeaux, mais ne sont jamais «prune».

Nous vivons dans un monde qui a peur de voir à l'intérieur des choses. C'est clair. Préférer vivre dans le mensonge des fruits, c'est encore une fois prouver que ce qui compte, c'est l'apparence. Il est grand temps que cesse ce mensonge généralisé!

Bon appétit.